La géomatique en appui à la politique pour une gouvernance stratégique.

Geotech 2002, Geotech 2005, aujourd'hui GEOTECH 2012 : c'est quoi la différence avec les deux précédents et quelle sera la valeur ajoutée de ce nouveau GEOTECH pour le public et le CNIGS dont vous êtes actuellement le DG ?

Tout d'abord je tiens à remercier le comité organisateur de ce forum pour avoir accompli avec succès cet exploit. Je suis vraiment fier de chacun d'eux.

L'objectif de GEOTECH pour le CNIGS est de créer un espace de côtoiement avec les utilisateurs de l'information géographique en Haïti et aussi de présentation des technologies géomatiques disponibles au Centre. C'est aussi l'occasion d'informer les partenaires et les agences intéressées sur les produits et les services disponibles. GEOTECH est une pause informative pour échanger avec les intéressés sur les projets en cours ou à venir et surtout sur les potentialités de la géomatique

En 2005 on venait juste de faire une nouvelle prise de vues aériennes à haute résolution sur tout le territoire, on a donc mis en valeur les potentialités de cette couche de données; il y avait tout un éventail d'applications en perspectives. On testait encore à l'époque les méthodologies pour l'estimation des surfaces de cultures et leur rendement afin d'appuyer le Ministère de l'Agriculture . Avec l'appui de l'Union Européenne on lançait aussi en 2005 le PITDD. Pour amorcer le développement durable du pays, on rêvait de ce programme, des résultats et des produits précis et de haute gamme. Avec le séisme du 12 janvier 2010, la situation globale du pays a changé.

L'impact du séisme a été de telle sorte qu'on parle aujourd'hui de la reconstruction d'une nouvelle Haïti. GEOTECH 2012 se déroule dans un contexte très différent de 2005. Le Gouvernement, les agences internationales, les bailleurs de fonds et nos partenaires sont unanimes à reconnaitre que le développement durable ne pourra se faire sans la disponibilité d'information géo-spatiale précise, fiable et riche en information. Le Centre s'est donc engagé dans un processus d'acquisition des technologies de pointe, appropriées pour mieux desservir les utilisateurs et poser les bases de ce développement durable. Comment mieux mesurer la vulnérabilité de la population par rapport aux différents aléas naturels ? Comment exploiter les outils technologiques, les nouvelles méthodes et les données disponibles au CNIGS pour faire fonctionner efficacement l'Observatoire global du territoire ? Comment améliorer la connaissance du territoire de nos décideurs par un simple clic sur une unité géographique quelconque ? Voilà ce que veut apporter GEOTECH 2012!

Comment les technologies géo-spatiales peuvent-elles influer sur les prises de décision et la croissance économique d'un pays comme le nôtre où il y a des priorités comme l'accès à l'alimentation, la dégradation de l'environnement, l'assainissement et l'aménagement du territoire?

Comme je disais tantôt, l'information géo-localisée est un outil de gestion et de prise de décision lorsqu'elle est bien utilisée. D'où l'intérêt de maîtriser les méthodes de collecte et de connaître les avantages et les inconvénients de l'information géo-référencée. La connaissance de la potentialité économique d'une région est un élément important pour un gouvernement local ou régional. La localisation et la mesure de cette potentialité peuvent se faire aisément à l'aide des outils géomatiques. Ce qui est plus intéressant, cette information économique couplée à d'autres informations comme la distribution spatiale de la population, le réseau routier de communication, les aléas, l'aménagement du territoire et autres, apporte une autre dimension à l'information économique originale. Et cet ensemble manipulé à l'aide des outils spécifiques permet de mieux comprendre la dynamique économique et de simuler les résultats et l'impact des choix décisionnels. Directement ou indirectement dans un pareil processus la politique est fortement concernée.

On pourrait prendre d'autres exemples pour illustrer comment quantifier la dégradation environnementale à partir de la géomatique, et plus encore il est possible de mettre en place des systèmes de surveillance environnementale en utilisant soit des données mesurées sur le terrain et/ou des images satellitaires issues même de différents capteurs de satellites de télédétection

Quel est l'avenir d'une Institution comme le CNIGS par rapport au coût des technologies géomatiques quand on sait combien l'importance de ces outils est assez souvent mal connue par les décideurs et le grand public ?

Ecoutez, la mise en place d'une pareille technologie a certes un certains coûts associés. Au CNIGS, on ne peut jamais négliger cet aspect important. Malgré tout cela, on ne peut pas remettre en question l'avenir d'un tel centre. On fait toujours en sorte que ce coût soit pris en compte lors du montage des projets ou des programmes. Depuis la création du Centre et jusqu'à présent, on est assez bien soutenu par le Gouvernement en terme budgétaire. La capacité du CNIGS à générer des ressources financières additionnelles garantit une certaine sécurité dans la mise en œuvre des activités.

Par rapport a la dégradation environnementale, au changement climatique, aux aléas naturels, a l'insécurité alimentaire, a une meilleure connaissance de la distribution spatiale de la pauvreté ou de la richesse, etc. en un mot par rapport a l'aménagement du territoire: le CNIGS a un rôle important a jouer non seulement en tant que producteur et intégrateur de données géolocalisées mais aussi et surtout a cause de la capacité d'analyse multi échelle et multi thématique en fort développement actuellement au CNIGS.

Le CNIGS exécute de nombreux projets avec des Ministères, des ONGs, etc. mais quelle est la place réservée dans votre agenda pour les services à la communauté ou encore la formation et la valorisation des ressources humaines?

Effectivement on travaille avec différents partenaires sur des thématiques différentes, on considère tous ces partenaires comme faisant partie de la communauté dont vous parlez. Aussi à côté de ces projets il y a un service de vente et de diffusion au CNIGS nous permettant d'offrir d'autres produits sur mesure aux utilisateurs des données géographiques.

Nous n'avons pas instituer encore un cycle de formation périodique au CNIGS. Mais à la demande de nos partenaires et/ou clients on organise assez souvent des formations dédiées autour de tous les thèmes liés à la géomatique.

La valorisation des ressources du CNIGS est une préoccupation quotidienne, nous sommes conscients de la spécificité de notre domaine et de la qualification adéquate que le personnel doit avoir. Entre autres, à travers des colloques comme Geotech 2012 et la production de certains documents d'analyse nous n'hésiterons pas une seconde à faire ressortir toutes les capacités techniques et l'expertise cachées derrière nos produits et nos données.